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Genre
Economie sociale et familiale : le genre, pour booster la formation des filles

Les encadreurs de cette filière d'enseignement exerçant dans le Littoral et le Sud-Ouest ont été sensibilisés à l'approche genre pour permettre aux élèves d'exprimer leurs pleines potentialités.Genre et Economie sociale et familiale”. De prime abord, ce thème a quelque chose d’insolite. D’autant plus que l’Economie sociale et familiale (Esf) est une filière d’enseignement technique où on ne retrouve généralement que les filles, et que très souvent on ne parle du genre au Cameroun que pour revendiquer l’égalité des chances entre l’homme et la femme, mais davantage pour défendre le droit à l’insertion de celle-ci dans des domaines professionnels que l’opinion croit toujours réservés aux hommes. Faut-il donc dès lors croire que ceux qui ont formulé le thème voudraient aussi donner la chance aux garçons de pouvoir suivre leur formation dans cette filière au même titre que les filles ? Peut-être. Mais il faut se rapprocher des organisateurs du séminaire qui s’est tenu au Foyer Njo Njo à Douala du 7 au 11 octobre dernier sur la question pour en avoir le cœur net. Pour Marie-Louise Nwafo Wandji, principale responsable de l’Association des femmes conseillers en économie sociale et familiale du Cameroun (Acesf-Ca) qui a initié la rencontre, “ d’ordinaire, les textes officiels, les programmes et les méthodes de formation et d’évaluation des élèves en économie sociale et familiale confinent la femme à des rôles discriminants. Elle n’est formatée que pour résoudre les problèmes pratiques qui se posent dans un cadre domestique. Or il est temps aujourd’hui de comprendre qu’elle a les potentialités nécessaires pour se positionner en terme stratégique en tant que partenaire de l’homme, et la filière économie sociale et familiale devrait aussi contribuer à faire éclore ces potentialités ”. Il est donc question de réduire les déséquilibres en encourageant les femmes qui se forment en Esf à se positionner comme acteurs majeurs et stratégiques de la société, au même titre que les hommes.

Des animateurs sensibles au genre

C’est cette vision qu’une vingtaine de personnes, surtout des inspecteurs pédagogiques provinciaux du Littoral et du Sud-Ouest ainsi que des animateurs pédagogiques de la filière ont partagé pendant trois jours à Douala. Il s’agit de la deuxième rencontre sur “ Genre et économie sociale et familiale ”, la première ayant eu lieu à Bafoussam du 23 au 27 septembre 2005. Soutenus par le Fonds genre et développement du Haut commissariat du Canada au Cameroun, ces séminaires entrent dans le cadre du projet d’appui à l’intégration du genre dans l’enseignement de l’économie sociale et familiale. Le projet comprend quatre composantes dont l’analyse genre sensible des manuels et outils d’Esf et les formations d’inspecteurs, d’animateurs pédagogiques et d’enseignants d’Esf.
Ainsi, l’objectif à Douala était de rendre les enseignants “ sensibles au genre ” afin qu'ils prennent en compte cette approche dans leurs cours, leurs sujets d’examen, et même dans leur vie quotidienne. Car aujourd’hui, il faut initier les élèves en Esf à lire leur environnement politique et socio-économique, à en faire une analyse en fonction de leurs valeurs propres et à poser des actions d’intérêts stratégiques et durables pour eux-mêmes, leur famille, leur communauté, etc.

Renouveler l'enseignement

Dans les contenus actuels d’enseignement, on est jusque-là resté collé aux programmes des années 60 dont le but était simplement d’initier “ la jeune fille formée en Esf ” à maîtriser et intérioriser ses multiples rôles sexistes qui l’enferment dans les schémas sociaux discriminatoires . Dans cette situation, sa participation à la résolution de défis nouveaux qui se posent à la société camerounaise est invisible, insuffisante, mal comptabilisée. Confinés, les élèves d’Esf ont fini par ne plus croire en eux mêmes. C’est pourquoi les deux temps forts du séminaire étaient le travail sur l’estime, la confiance et l’affirmation de soi d’une part et d’autre part les concepts et outils de genre.
Au terme de la rencontre de Douala, les participants ne cachent pas leur satisfaction. Florence Folefa Ekokobe, inspecteur pédagogique provincial pour le Sud-Ouest, estime qu’il s’agit d’une innovation majeure dans la formation en Esf. “ Notre rôle est désormais de rendre les filles que nous formons ambitieuses et productives pour la société", affirme-t-elle. Pour le Dr. Essoh Ngome, chef du département Esf à l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique (Enset) de l'Université de Douala, "l'Enset a ouvert cette filière pour permettre (enfin) aux filles formées en Esf au secondaire d'avoir accès à l'enseignement supérieur. Les séminaires comme ceux-ci serviraient donc à renforcer l'orientation des contenus et des méthodes d'enseignement afin qu'on forme des enseignantes conquérantes qui iront sortir les filles d'Esf de la torpeur discriminatoire dans laquelle on les a confinées depuis des lustres." On espère seulement que cette formation s'étendra sur l'ensemble du territoire pour que les fruits de la nouvelle approche soient visibles à large échelle.

Alexandre T. Djimeli
Le Messager, 13-10-2005