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Exportations de banane vers l’UE : L’offensive africaine s’organise à Yaoundé
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 Pour contrecarrer la forte concurrence des pays d’Amérique latine, les ministres du Commerce du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana (trois principaux pays producteurs de banane en Afrique) se sont réunis à Yaoundé.
Dans une déclaration issue de leur concertation du 23 juillet 2010 dans la capitale camerounaise, Mahama Ayariga, vice-ministre du Commerce et de l’Industrie du Ghana, Calice Yapo Yapo, ministre du Commerce de la Côte d’Ivoire, Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce du Cameroun exigent des règles de répartition équitables d’une enveloppe de 190 millions d’euros. Il s’agit d’environ 124, 450 Fcfa à répartir entre 10 pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Un appui financier dont l’utilité et l’urgence se sont imposées à l’Union européenne, afin de soutenir ces pays ACP menacés par la forte concurrence des pays d’Amérique latine dans un contexte de libéralisation. Il est question de les aider à restructurer leur filière banane afin d’être compétitifs sur les marchés européens à partir de 2017.
 
Ces fonds qui leur sont apportés représentent les mesures d’accompagnement décidées par l’UE sur la période 2010-2013, à la suite de l’accord de Genève signé le 15 décembre 2009 entre la Commission européenne et les pays latino-américains. Cet accord induit un démantèlement progressif des droits de douane applicables sur la banane. Ainsi, de 176 euros les droits de douane par tonne de banane exportée vers l’Union européenne, les pays producteurs de banane latino-américains paieront seulement 114 euros d’ici l’année 2017, tandis que la banane Acp continuera de rentrer sur le marché européen à droit nul. Une restriction qui s’explique par le fait que les producteurs latino-américains bénéficient des subventions de leurs gouvernements (flouant ainsi au pied les règles de l’Organisation mondiale du commerce), tandis que ceux d’Afrique sont abandonnés à eux-mêmes.

Répartition discriminatoire
C’est pour tenter une réparation de cette énorme injustice que les pays ACP ont exigé 500 millions d’euros à l’Union européenne pour redynamiser leur industrie bananière et faire face à la rude concurrence (déloyale) latino américaine. Dans un premier temps, 200 millions d’euros leur ont été promis. Pour finir, à l’issue d’âpres négociations, le montant consenti s’est établi à seulement 190 millions d’euros sur la période 2010-2013. C’est donc malgré eux que les pays ACP ont accepté ces modestes mesures financières que l’Union européenne s’attèle à mettre en place pour accompagner le processus de libéralisation du marché de la banane en Europe. Et aujourd’hui, même la répartition de cette enveloppe (non encore débloquée) pose problème. S’inspirant du traitement qu’ils ont subi dans un programme précédent, les ministres du Commerce du Cameroun, du Ghana et de la Côte d’Ivoire, trois gros calibres en Afrique, redoutent un futur déséquilibre dans la prise en compte des intérêts respectifs par leur partenaire européen. « Nous avons exporté 67% de banane ACP sur la période 1999-2008  et nous n’avons reçu que 27% de l’enveloppe budgétaire», fait observer Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre camerounais du Commerce.
 
Pour ses pairs et lui, l’Union européenne a favorisé les Caraïbes dans la répartition de son enveloppe. Ce, au détriment de l’Afrique, victime d’une sorte de discrimination injustifiée. « Dans les Caraïbes, la production de banane est faible, tout au moins leur part dans les exportations. Par contre, s’agissant de l’importance de la banane dans l’économie, beaucoup de ces pays sont à 90%, c’est-à-dire qu’ils prennent le gros de l’enveloppe alors qu’ils ne produisent pas autant que les pays africains », déplore Luc Magloire Mbarga Atangana, tête de file de cette fronde qui s’est organisée à Yaoundé vendredi dernier. Dans leur déclaration commune, produite à la suite de leur rencontre de plusieurs heures ayant connu la participation des associations de producteurs des trois pays, les ministres signataires revendiquent que les fonds alloués par la Commission européenne soient prioritairement consacrés à la production de la banane suivant trois critères : les tonnages exportés, le poids de la banane dans l’économie et l’indice du développement humain. Ils souhaitent qu’à chacun de ces critères, soit affecté un pourcentage, en l’occurrence les exportations de banane à 80%, l’importance de la banane dans l’économie à 10% et l’indice du développement à 10%.

Bien que réaffirmant leur détermination commune en faveur du maintien et du développement des exportations de banane de leurs pays vers l’Europe, en dépit de leurs « difficultés toujours grandissantes pour accéder » à ce marché, ils pensent tous qu’il est aujourd’hui nécessaire de réviser leur politique d’exportation de la banane. « Hier, l’Europe était la seule débouchée parce que la production était faible. Aujourd’hui avec la mondialisation, il faut regarder certes vers l’Europe, mais aussi ailleurs. D’où l’intérêt de développer les marchés régionaux. Le ministre Yapo a parlé du marché de l’Afrique de l’Ouest, mais nous avons le marché du Maghreb, du Proche et du Moyen-orient ; il y a le marché de l’Afrique australe. Mais pour cela, il faut que nous puissions mieux maîtriser nos coûts de production », soutient Luc Magloire Mbarga Atangana. Tous sont convaincus que les progrès en cours vers l’intégration régionale permettront le développement des marchés régionaux encore embryonnaires.

Source : Le Messager


 
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